Face aux limites de la RSE, la nécessité d’un nouveau cap: le régénératif

La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) visant à réduire les impacts négatifs des activités humaines n’est aujourd’hui plus à la hauteur des enjeux.

Nous dépassons désormais largement les "limites planétaires", seuils de sécurité des principaux processus régulateurs du "système" Terre. Ce qui a déjà des conséquences dramatiques tant pour les populations humaines que pour les écosystèmes naturels dont elles dépendent.

La RSE, qui se limite à faire "moins mal la même chose", ne permet donc pas d’enrayer la dégradation de la situation. Même viser un "impact neutre" des activités humaines n’est pas suffisant: ne plus enlever de briques à un mur largement fragilisé ne lui permet pas de retrouver sa robustesse, il faut le réparer.

C’est sur la base de ces constats qu’un nouveau cap s’offre aujourd’hui aux entreprises : le régénératif.

Les entreprises doivent mais surtout peuvent aujourd’hui désormais contribuer à régénérer la vie.

Cette démarche audacieuse offre des opportunités de transformation hautement stratégiques et inédites. Elle porte également en elle un immense espoir pour nos sociétés et les générations présentes et à venir.

Les 9 limites planétaires formalisées par Johan Rockström depuis 2009, copyright - Wang-Erlandsson et al. (2022) - Stockholm Resilience Center - traduction Bon Pote

L’entreprise régénérative

Régénérer, c’est pour l’entreprise s’engager vers la génération d’impacts positifs nets pour les écosystèmes et la société.

Séquestrer plus de carbone que ce que l’entreprise en émet, régénérer davantage de biodiversité que celle négativement impactée par l’activité, renaturer et revégétaliser, augmenter les capacitations des parties prenantes, partager avec elles la valeur et leur offrir un revenu décent, améliorer leur santé physique, émotionnelle et sociale, … sont autant d’exemples d’objectifs régénératifs pouvant être intégrés à une feuille de route stratégique.

La régénération est socio-écologique : elle concerne autant les communautés humaines que le non-humain et les écosystèmes naturels.

Est-ce utopique?

Non, et pour deux raisons

D’abord parce que le vivant contient intrinsèquement un « super-pouvoir » : la capacité à se régénérer de lui-même.

Les périodes de confinement récentes ont montré à quelle vitesse la nature pouvait "rejaillir" rapidement même en milieu urbain. La végétation repousse souvent rapidement dans les forêts incendiées, notre corps lui-même se cicatrise tout seul lorsque nous nous sommes blessés… C’est sur cette formidable capacité d’auto-réparation que peut s’appuyer la régénération.

Ensuite, parce que la transformation des entreprises vers le régénératif a déjà démarré et des pionniers – dans le monde entier – offrent des exemples audacieux et inspirants. On y trouve des entreprises dont l’activité est directement connectée au vivant (production alimentaire, cosmétiques…) comme d’autres qui en sont plus éloignées (sociétés de service, industriels…).

Le régénératif, c’est également le cap qu’ont décidé d’emprunter les 150 entreprises de la CEC (Convention des Entreprises pour le Climat) initiée en 2021.

Ales Maze - Unsplash

L’esprit de la démarche régénérative

La régénération entend remettre la vie et le vivant au cœur de chaque action et décision. Ce qui revient à se poser la question: "Cette décision va-t-elle dans le sens de plus ou de moins de vie pour les humains et les non-humains? Permet-elle au vivant d’exprimer tout son potentiel?".

En adoptant tel mode d’organisation ou telle pratique managériale, permet-on aux membres de l’équipe de se sentir pleinement vivants et d’exprimer leurs talents singuliers, leur créativité et leur propension naturelle à trouver des solutions? En concevant ses produits avec tel ou tel composant, va-t-on soutenir la vie dans les écosystèmes et auprès des parties prenantes? Si ces produits finissent dans l’environnement terrestre ou marin, vont-ils bonifier ou dégrader la vie dans ces écosystèmes?

Une entreprise régénérative, c’est donc d’abord une entreprise qui regarde le monde autrement et s’interroge sur son positionnement dans le système économique, social et plus largement vivant au sein duquel elle agit et duquel elle dépend.

Les 11 principes régénératifs élaborés par LUMIÅ

Pour baliser la transformation des organisations vers le régénératif, notre centre de recherche a identifié 11 principes clés pour évoluer vers le régénératif. Ces principes sont autant de dimensions de transformations organisationnelles ou culturelles à évaluer et enclencher.

Enclencher une démarche régénérative

Kazuend - Unsplash

Pour atteindre le régénératif, l’entreprise va dans un premier temps chercher à comprendre les impacts qu’elle exerce sur les écosystèmes et sur la société.

  • Quelles sont les limites planétaires impactées négativement par ses activités?
  • Quelles sont les ressources critiques indispensables à son fonctionnement?
  • Quels sont les enjeux sociaux propres à l’entreprise, à ses parties prenantes, à son territoire?
  • Quelle est sa dynamique de performance (ce qu’elle a intérêt à mettre en œuvre pour accroître son chiffre d’affaires et/ou sa rentabilité) et qu’induit-elle pour l’environnement et la société?

La mise en œuvre opérationnelle vers le régénératif sera ensuite fonction de la nature de chaque entreprise et de sa relative proximité ou distance avec le vivant. Un viticulteur, par exemple, n’aura pas les mêmes enjeux et leviers d’actions qu’un dirigeant de fonderie ou qu’une entreprise de service numérique. A chaque situation correspond un éventail de portes d’entrée plus ou moins large vers le régénératif.

Dans tous les cas, la bascule vers l’entreprise régénérative requiert de faire évoluer le modèle économique de l’entreprise, et donc le plus souvent son référentiel métier. Un chantier hautement stratégique donc, mais qui lui aussi, s’inspirant du vivant, commence par expérimenter et apprendre au travers de projets pilotes.

La nécessité d’un Leadership régénératif

Sous peine de nouveau greenwashing ou d’abandon des projets devant les changements à opérer, la transformation vers le régénératif ne peut réussir sans un leadership radicalement renouvelé.

Ce leadership régénératif implique une prise de conscience profonde de la situation actuelle du vivant. Il nécessite une remise en cause de vieilles croyances limitantes (sur la croissance illimitée, la compétition permanente, l’optimisation systématique...) pour s’ouvrir à une nouvelle représentation plus systémique et vivante de l’entreprise.

Il s’ancre ensuite dans une évolution intime et authentique, impliquant la tête mais surtout le coeur et souvent l’être tout entier. Plus aligné avec lui-même, connecté à ses aspirations les plus hautes, le leader régénératif trouve en lui des ressources insoupçonnées pour incarner un changement enthousiasmant pour tous.